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Entretien avec Sylvain Lemoine du 18 novembre 2009

Le 18 janvier 2010

J'occupe la fonction de Directeur adjoint de la Caisse d'Allocations Familiales d'Ille-et-Vilaine, ce qui implique une responsabilité générale d'adjoint sur l'ensemble des activités de la CAF et une responsabilité directe du département action sociale et familiale. Ce dernier a en charge l'ensemble des services offerts aux familles via des subventions à des partenaires dans le domaine de la petite enfance, de la parentalité, de la jeunesse, de l'animation de la vie sociale et du logement.


La CAF vient d'élaborer son nouveau schéma d'action sociale. Pouvez-vous nous mettre en évidence les principales mesures de ce schéma et tout particulièrement le lien avec les projets des Centres Sociaux ?

Les CAF se fixent de manière générale deux chantiers importants pour les quatre prochaines années :

  • Le Revenu de Solidarité Active, il impacte les Centres Sociaux car sa vocation se décline non pas à partir d'une logique institutionnelle de dispositif mais à partir d'un besoin de la population. Il a pour objectif de mettre autour de l'usager l'ensemble des partenaires pour repérer ses besoins d'un point de vue global.
  • Second chantier, la politique petite enfance avec la création de 200 000 solutions de garde supplémentaires en quatre ans. Cette mesure entraîne la création de 100 000 places en accueil collectif.

Autour de cette ossature, chacune des CAF va décliner ces orientations et interpréter cette partition. En Ille-et-Vilaine, nous avons aussi des priorités qui nous sont chères qui vont donc s'y ajouter. A ce qui nous concerne, on retrouve naturellement l'animation de la vise sociale, c'est à dire le soutien aux centres sociaux et aux animations locales.
Si on en vient à la question des Centres Sociaux, la situation est hétérogène. La CAF participe entre 15 et 50% (c'est par exemple le cas à Rennes) du fonctionnement des Centres Sociaux dans le département. Cette réalité est liée à l'histoire, aux projets, au soutien des autres partenaires.
Nous essayons de ne pas donner de financements de manière éparse, de donner de la cohérence dans notre accompagnement des Centres Sociaux. Et notre première priorité, c'est de contribuer à garantir aux associations les moyens de faire vivre leurs projets associatifs.
A Rennes, la CAF d'Ille-et-Vilaine a été avec la ville précurseur dans ce qu'on nomme à mes yeux improprement : « le désengagement de la gestion directe des Centres Sociaux ». Nous devrions en effet plutôt parler de « mise en place d'une gestion des centres sociaux par les habitants ». C'est un sujet qui a pu faire l'objet de polémiques au niveau national parce que certains ont cru y voir un désengagement des acteurs publics. En Ille et Vilaine, cela n'a pas du tout été le cas. Ainsi, à Rennes, la Caf et la ville ont vraiment réussi à conduire ce projet de telle sorte qu'il montre l'intérêt qu'il peut avoir pour les habitants. Je pense qu'aujourd'hui le « plus » apporté par la gestion associative est vraiment démontré.
Sur le projet, l'ARCS a fait des choses via l'implication des habitants que la CAF aurait sans doute moins bien ou pas faites. L'enjeu pour nous, est donc d'arriver à donner les moyens aux Centres Sociaux pour qu'ils puissent faire vivre leurs projets associatifs. C'est ce qui est fait par l'attribution de subventions annuelles, ou par le financement d'opérations immobilières. Nous devons, plus que jamais, tenir compte d'un contexte particulier qui renforce la place des Centres dans les quartiers pour faire vivre le lien social tout en laissant à l'Association ses prérogatives. Lorsqu'on est financeur et qu'on finance 50% d'une structure, on peut être vite tenté de donner son avis sur ce qu'il faudrait faire, ce qu'il ne faudrait pas faire ce qu'on aurait pu faire différemment. Donc pour nous, le but du jeu est de montrer que nous sommes là en soutien, que nous sommes là sur le long terme, de conseiller, d'accompagner quand on nous demande notre avis mais de ne pas nous immiscer dans la gestion. C'est le jeu qu'on a appris à jouer au cours de ces dernières années, et je crois que la caf, la ville et l'association ont su, chacun à sa place, créer les conditions de réussite. Au-delà de la langue de bois, cela se traduit par des choses très concrètes. Il faut bien voir que la situation rennaise est atypique puisque dans beaucoup d'autres départements lorsque ce n'est pas une gestion associative, les partenaires financiers interviennent plus fortement dans la gestion, décident de telle ou telle activité. Aujourd'hui, nous avons vraiment une spécificité qui est que les Centres Sociaux ont leur réelle autonomie.
Notre priorité pour les prochaines années est de faire en sorte que cette autonomie, cette liberté, ne soit pas qu'un mot en l'air mais qu'elle puisse avoir les moyens de ses ambitions, parce que si on dit aux administrateurs de l'ARCS que les habitants sont libres de faire leurs projets mais qu'on diminue les financements de 30%, ce sera une liberté théorique. Maintenant, il faut qu'on capitalise sur notre expérience des dernières années pour avancer dans notre contexte actuel qui on le sait est très difficile pour les finances sociales et locales.

Cela implique que l'on se batte au niveau national pour avoir des financements, que l'on discute beaucoup avec les partenaires financiers dans tout le département pour dire attention, on sait que les tensions sont importantes sur les finances locales mais les Centres Sociaux sont importants. La CAF doit essayer de jouer un rôle d'effet levier. Je dois dire qu'à Rennes la ville est très impliquée et concernée par le sujet des centres sociaux.

Avez-vous des demandes particulières à formuler auprès de l'ARCS ?

Nous n'avons pas de demande à faire, de commande à passer à l'ARCS et je pense que c'est très bien comme cela. Après, on peut être sensible à des propositions d'actions qui sont faites. Je sais qu'au dernier Conseil d'administration, un échange a eu lieu sur la mise en place d'une épicerie sociale. Rien n'empêche en principe, à coté d'un financement global sur la durée, d'examiner des propositions d'actions ponctuelles et complémentaires au cas par cas. Il faut juste veiller à ce que ce fonctionnement reste marginal. Il ne faut pas qu'on rentre dans un risque de financement d'actions qui remette en cause, à terme, l'autonomie de l'Association même si à court terme, cela peut être séduisant pour le financement d'une action.

Vous venez de découvrir le Conseil d'Administration, de l'ARCS, quelle est votre première perception, vos sentiments ? Vous venez de découvrir des présentations faites par les habitants, vous êtes rentré de plein pied dans la phase de découverte, pouvez-vous nous faire partager vos premières réactions ?

Je conseille à tout le monde d'aller à un Conseil d'administration dans les Centres Sociaux des quartiers puisqu'il y a 6 Centres Sociaux qui maillent le territoire rennais.
Un constat : cela m'a montré tout l'intérêt de se battre pour le projet de l'ARCS. Nous voyons des habitants qui discutent entre eux, qui montrent vraiment qu'ils se sont appropriés le projet. Je me souviens d'un débat sur un départ en vacances par exemple. On voit bien que ce sont des choses qui, racontées sur un papier ou un rapport d'activité peuvent peut être paraître anodines à certains. Mais quand on entend les gens en parler, quand on voit le cœur, l'énergie qu'ils y ont mis et parfois même la déception parce qu'on ne peut pas tout faire, on est touché par la différence. Les gens se sont complètement appropriés le projet, ils ont l'impression de faire partie d'une aventure. Même ceux qui ne partent pas, cela leur donne des idées. On sent qu'il se passe quelque chose.
Quand on va dans un Conseil d'administration, on sent cette vie, justement parce que les habitants sont impliqués. Dans beaucoup d'associations, la place laissée aux usagers est plus (voire trop !) faible. Ici, les usagers sont là et d'ailleurs, il faut venir pour voir que cela déborde, il y a plus de demandes que de places. Nous avons récemment eu un échange sur les finances. Nous avons annoncé que même si nous ne remettions pas en cause l'équilibre financier et que nous maintenions notre engagement, les années à venir seraient plutôt des années difficiles pour tout le monde, cela pourrait avoir des répercussions sur les Centres Sociaux. Il y a eu un débat avec les habitants qui ont dit qu'ils comprenaient, qu'ils voulaient des informations. J'ai donc pu mesurer à quel point les habitants sont en mesure d'entendre un discours de partenaires qui ne répond pas toujours à leurs attentes dès lors qu'ils ont le sentiment d'être respectés. Je pense que c'est quelque chose de fort à Rennes : lorsque les habitants ont face à eux la CAF et la Ville, elles ne les prennent pas de haut et répondent d'égal à égal. C'est ce que nous avons voulu et je suis content de voir que ce n'est pas uniquement une vue de l'esprit. Toute cette expérience accumulée doit maintenant nous permettre de nous éclairer pour faire face au véritable défi que représente la crise sociale pour les centres, les habitants et les professionnels. Se cumulent en effet deux facteurs pour les centres sociaux : les besoins de la population sont plus forts, mais les interrogations sur les financements sont aussi plus grandes.
Enfin, il y a quelque chose qui m'a frappé dans ce Conseil d'administration. C'est un constat que je fais souvent dans la vie associative : la faiblesse de la représentation de jeunes. On compte pourtant beaucoup d'étudiants à Rennes. Est-ce un problème de notre mode de fonctionnement à nous ? Nous n'arrivons pas à les faire venir. Ne sont-ils pas intéressés ? De nombreux étudiants s'investissent parfois même si c'est de plus en plus compliqué pour eux car leur temps est contraint, parce qu'ils doivent de plus en plus souvent travailler pour financer leurs études. Mais des actions sont faites là où ils peuvent s'investir, je pense au soutien scolaire par exemple. Nous aurions sûrement intérêt à avoir dans ces Conseils d'administration et dans les Commissions des étudiants même s'ils ne sont là que 4 ou 5 ans, le temps de leurs études. Ils peuvent sûrement apporter au tissu associatif. Une question que je me pose : est-ce que ce sont eux qui ne veulent pas venir parce qu'ils ont autre chose à faire ou est-ce c'est nous qui n'arrivons pas à leur montrer qu'ils ont aussi leur place ? Nous détenons tous, chacun à notre place, une part de la réponse.
En conclusion, beaucoup de chemin a été parcouru en 6 ans. J'ai à ce sujet une pensée pour les personnels de la caf qui sont mis à disposition de l'ARCS depuis le passage en gestion associative et qui se sont investis dans ce nouveau fonctionnement. La vie associative a mis beaucoup de dynamisme, de vie et de vitalité grâce à l'implication des habitants. A nous tous, chacun dans notre rôle d'accompagner et d'imaginer de nouvelles formes pour attirer de nouveaux publics pour que la représentation des Centres Sociaux soit fidèle à la population qui peut bénéficier des services des Centres Sociaux. Parce que, contrairement à ce que beaucoup de gens croient, les Centres Sociaux ne sont pas seulement faits pour les publics vulnérables, ils sont faits pour toutes les familles. Et c'est bien l'intérêt de tous qu'il en soit ainsi.

 

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